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Eléments pour un débat sur l'interactivité Yolla POLITYGroupe RI3 (Recherche Intelligente et Interactive de l'Information)
Communication au groupe de travail "Théories et Pratiques scientifiques (TPS) de la SFSIC, le 19 octobre 2001 Le texte qui suit complète celui présenté par Laurence Monnoyer-Smith
Introduction étymologique : interactivité
et interaction, une parenté problématique
Il semble que le terme "interactivité" date de
1982 (cf. Le Petit Robert de 1992 qui le donne comme n.f. (1982 : de
interactif) Activité de dialogue entre un individu et une information
fournie par une machine. "Interactif" qui semble légèrement
antérieur est défini comme un terme du domaine de l'informatique
: Qui permet d'utiliser le mode conversationnel. Dans des dictionnaires plus récents tel Le Larousse
de 1996, on trouve déjà à "Interactivité"
deux sens :
Tandis que "Interactif" en a trois :
Ainsi Interactivité et Interactif sont des mots
récents avec une étymologie clairement liée à
l'informatique mais qui ont évolué pour inclure des connotations
concernant les échanges et ne se limitant plus au domaine informatique.
Ces connotations proviennent d'un autre terme beaucoup plus ancien mais
apparenté : interaction. Dans les années 60, on avait vu apparaître
Interagir (1966 ; de Inter- et agir) avoir une action réciproque
ou encore Interagir : Exercer une interaction. Il semble donc
que "interagir" soit l'héritier d' "interaction" et non d' "interactivité"
qui n'existait pas encore. Or "Interaction" est un terme de 1876 (de inter- et
action): Action réciproque V. interdépendance. Deux corps
en interaction ou encore Influence réciproque de deux phénomènes,
de deux personnes. Il est significatif que tous les exemples donnés
pour "interaction" et "interagir" proviennent du domaine de la physique
: interactions de gravitation, électromagnétiques ; les
neutrons interagissent avec le champ magnétique. Cependant, on
connaît la fortune de ce concept dans différents champ des
sciences humaines et sociales, sociologie, politique, psychologie, linguistique,
communication et aussi information (avec le concept d'interaction homme-machine
qui n'est d'ailleurs pas synonyme d'interactivité). Il semble que cette parenté entre interaction
et interactivité soit à l'origine de la confusion qui règne
aujourd'hui qui conduit de nombreux auteurs à utiliser les deux
termes d'une manière indifférenciée. Le verbe "interagir"
s'emploie autant pour interaction que pour interactivité. L'interactivité
ne serait-elle que la propriété de ce qui permet un échange,
une interaction ? Une contamination a eu lieu durant ces vingt dernières
années, qui a conduit à repositionner ces termes dans le
lexique de chacun des champs qui s'en est emparé. (je vous épargne les gloses qui peuvent être
faites sur action/activité, sur inter comme entre deux ou à
l'intérieur de, etc…, de même que celles sur le terme "conversationnel"
familier pour les gens des sciences de l'information et qui a un sens
très précis en informatique ) Suggestions pour un débat 1. Partir de ce qui est dit "interactif" pour dégager
des constantes Vue le plus souvent comme un élément positif,
l'interactivité est une qualité fortement recommandée
aux concepteurs de systèmes ou de dispositifs et constitue un critère
d'évaluation important de ces mêmes systèmes. Cependant
le sens qu'on lui donne dépend essentiellement de la discipline
ou du domaine dans lesquels ces dispositifs sont étudiés.
Elle ne peut être comprise qu'en considérant, dans chaque
cas, ce à quoi elle s'oppose et ce qu'elle est sensée transformer
ou améliorer. Voici deux exemples : Littérature interactive L'interactivité au sens large consiste en
un déplacement des pôles respectifs de l'auteur et du
lecteur dans le dispositif narratif. Idéalement elle tend à
donner au lecteur la possibilité d'intervenir dans la fiction
en échangeant son rôle de narrataire contre celui de
narrateur, d'auteur ou de personnage. L'interactivité. Celle-ci peut prendre plusieurs
formes: exploratoire, quand le lecteur décide du chemin
à suivre; dramatique, quand le lecteur est appelé
à assumer le rôle d'un personnage dans l'univers de fiction
décrit par le texte; configuratives, si le lecteur peut
choisir les modules et/ou les fonctions transversales; poétique
quand les choix du lecteur sont esthétiquement motivés. Pédagogie interactive "nouveau paradigme éducatif" s'oppose aux
méthodes traditionnelles de diffusion et de transmission monodirectionnelles
, veut développer la participation du public d'élèves/étudiants
à l'aide qu'un environnement tel qu'ils puissent construire
leur propre capacité d'apprentissage. connote les pédagogies dites "actives" reposant
sur l'implication de l'élève dans son apprentissage.
Le terme interactif coïncide avec l'introduction des technologies
nouvelles, il apparaît comme une métaphore du domaine
informatique sans le domaine éducatif. (Annette Beguin) Il serait intéressant de débattre autour
de média interactif, de jeu interactif, de publicité interactive,
de support interactif (le DVD par exemple), de borne interactive, etc.
Arriverait-on par ce moyen à cerner le tronc commun de l'interactivité,
son "essence" J ? Ou au contraire à
appauvrir le concept en se limitant au plus petit commun dénominateur
? 2. Interactivité humaine / Interactivité
homme-machine / interactivité machine L'interactivité implique deux pôles (inter).
Si à l'origine il s'agissait d'un pôle humain et d'un pôle
machine, en est-il de même aujourd'hui ? Jusqu'où étendre
le concept d'interactivité ? Cette question des pôles en présence est
l'implicite qui sous-tend les débats autour de concepts tels que
"interactivité technique", "interactivité sociale", "interactivité
fonctionnelle/interactivité intentionnelle", Dans le monde d'Internet, le concept d'interactivité
humaine renvoie aux services et outils de communication permettant
ou facilitant les interactions entre humains, internautes entre eux ou
internautes et responsables des sites ; cela recouvrirait le courrier
électronique, groupes de discussions, forums, listes, bavardage
en temps réel. Le concept d'interactivité machine
concerne les protocoles de communication entre les machines du réseau..
Quant à l'interactivité homme-machine, c'est celle
qui correspond à la définition de 1982 (Activité
de dialogue entre une personne et une information donnée par une
machine), elle recouvre diverses modalités techniques (HTML, Formulaires,
CGI, ASP, Javascript )qui autorisent diverses classes d'interactivité
: classe 1 : hypertexte ou hypermédia
(navigation), classe2 : formulaires (Cases à cocher
ou à remplir), classe3 : naviguer dans un environnement virtuel,
visiter un musée, le corps humain, classe4 : interface entre une page écran
et un serveur qui effectue un traitement de données et fournit
une rétroaction appropriée interroger un catalogue, un moteur
de recherche… Ces classes d'interactivité renvoient à
un débat assez houleux entre partisans des sites statiques et partisans
des sites dynamiques et dont les enjeux sont importants pour l'accès
à l'information et pour la mémoire du Web 3. Interactivité versus réactivité Le débat est posé par les tenants d'une
conception pure et dure de l'interactivité qui nient le fait qu'elle
puisse exister dans le domaine de l'informatique. Pour qu'il y ait interactivité il faut nécessairement
qu'il y ait indépendance des activités. Des processus
non-indépendants sont tout au plus en état d'interaction
et non pas d'interactivité. La véritable interactivité
réside dans la modification non prévue du déroulement
d'un processus par un autre et non pas dans la modification prévue
et déterminée de ce déroulement (KaFkaïens
n°4). L'interaction constatée dans le domaine de l'informatique
n'est pas interactivité car elle est dirigée et prévue…
ce n'est pas parce que le programme est complexe et que le nombre
d'actions est élevé que l'ont peut dire que le programme
évolue interactivement avec l'utilisateur : il n'est pas autonome En face, on trouve les tenants d'une conception molle
de l'interactivité qui remontent à la définition
est interactif tout système qui permet d'utiliser le mode conversationnel.
Or, aujourd'hui tous les ordinateurs fonctionnent en mode conversationnel
et on ne trouve que rarement des traitements en mode batch. Peut-on considérer
avec les uns que tout est réactif ou avec les autres que tout est
interactif ? 4. Interactivité versus adaptabilité versus personnalisation L'interactivité d'un système c'est aussi
tenir compte des spécificités du visiteur et lui proposer
un service individualisé qui tienne compte de son profil, de ses
demandes, de ses comportements. Cela peut concerner des aspects purement
techniques (détecter le navigateur ou la résolution d'écran
pour envoyer des pages adaptées, faire une prédiction sur
la tâche de l'utilisateur et lui proposer des aides ou des solutions)
mais aussi peut concerner des contenus et constituer une atteinte à
la vie privée. 5. Qu'en pensent des usagers ? Comparant les résultats des études d’usage
des bornes interactives dans les musées et des cédéroms
culturels, Joëlle Le Marec identifie chez les usagers des conceptions
différentes de l’interactivité. Vis-à-vis de la dimension attitude active
qui est recherchée dans les dispositifs interactifs 6. Les caractéristiques et les échelles Que faut-il penser des caractéristiques de l'interactivité
? Quelle importance leur accorder ? Peut-on construire des échelles indépendamment
des domaines d'application ? (cf. le texte de Laurence Monnoyer-Smith et critères
évoqués dans la littérature)
7. L'injonction de l'interactivité L'interactivité est-elle toujours souhaitable
? 8. Du conversationnel au dialogue homme-machine Dans le domaine de la communication homme-machine, la
notion de dialogue homme-machine dépasse et prolonge celle de conversationnel
qui est appelée aujourd'hui interactivité. Elle vise à
la recherche d'une intercompréhension, d'une co-construction d'interprétations
communes. Elle implique entre autres caractéristiques :
Dans ce contexte, l'interactivité est une des
propriétés du dialogue. Quelques références Beguin Annette, Entre interactivité et médiation: quelques interrogations sur les usages des nouveaux médias dans l'enseignemen. (consulté le 12/10/01 http://ac-tice.ac-strasbourg.fr/articles/2000 Le Marec Joëlle, Interactivité et multimédia : lieux communs revisités par l’usage, Rencontres médias 2 (1997-1998), éditions du Centre georges Pompidou, Paris, 1998. (consulté le 12 octobre 2001 http://www.ens-lsh.fr/labo/c2so/articles/le_marec/beaubourg.html Massit-Follea Françoise, Communication et démocratie : l'illusion techniciste de l'interactivité. (consulté le 12/10/01 http://www.idt.fr/idt/pages_fra/actes98/act13.html) Séguy Françoise, Les questionnements des écritures interactives, Mis en ligne le 22 février 2000 ( consulté le 12/10/01 http://www.u-grenoble3.fr/les_enjeux/n1/Seguy/interactivite.html ) L'interactivité. in KaFkaïens Magazine n°4
(consulté le 01/10/01 http://www.kafkaiens.org/04kaf/inter4.html
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